La Chambre des Communes au Palais de Westminster est un haut-lieu du pouvoir britannique, le centre des débats parlementaires entre les députés. Mais pour le visiteur étranger, elle est surtout truffée de bizarreries so british ! Décryptage.

Tout d'abord, le pèlerin politique est surpris par la petitesse de l'endroit. Quoi ? Seulement 437 places assises ? Pour 659 députés ? Sont vraiment radins ces brits… A comparer aux 545 m² de l'hémicycle de l'Assemblée nationale française logeant 577 sièges de députés + 480 places en tribunes.

Pourtant, si la Chambre des communes est de taille modeste, c'est avant tout une volonté politique. Parmi les opposants à un agrandissement (après le blitz), non des moindres : Sir Winston Churchill. Il soutint que « la Chambre des communes ne devrait pas être assez grande pour contenir tous ses membres […] sinon les 9/10e de ses débats se dérouleront dans l'atmosphère déprimante d'une Chambre presque vide ». C'est la raison pour laquelle on peut voir des députés debout pendant les séances importantes, autour du fauteuil du Speaker.

De fait, la disposition des lieux encourage les débats passionnés puisque les députés de la majorité et leurs contempteurs se font face. Et proches, les bougres ! La distance entre les bancs du gouvernement et ceux de l'opposition est très exactement de 13 pieds (3,96 mètres) ce qui équivaut à la taille de… deux épées ! Puisque, selon une coutume ancestrale du Parlement britannique, les opposants doivent rester à « deux épées et un pouce d'intervalle ».

Autre bizarrerie, cette manie qu'ont les députés de crier un truc du genre « yeah ! » pendant qu'un camarade s'exprime. Que diable signifient ces onomatopées ? Ces borborygmes contadins ? Est-on si fruste du côté de Westminster ? Allons, allons, un peu de tenue messieurs (ne mêlons pas les femmes à ça) les anglais (ne mêlons pas les écossais, irlandais et gallois à ça). Réponse ? Tradition of course !

Le « yeah » en question est, en réalité, dans la plupart des cas, un « hear » déguisé, pour « hear him ! ». Cette invitation « bien dit ! écoutez-le ! » représente l'accord d'un auditeur avec le point soulevé par un orateur. Selon l'Oxford English Dictionary, il s'agit de la « forme régulière d'encouragement à la Chambre des Communes » avec de nombreux objectifs, selon l'intonation de son utilisateur. Son utilisation est liée au fait que les applaudissements, et c'est notre 3e curiosité, sont proscrits dans les chambres des communes et des lords. Et gare à l'impétrant nouvellement admis peu au fait : il se fera immanquablement rappelé à l'ordre par le speaker. Pour un exemple, 56 néo-députés écossais du SNP ayant eu l'outrecuidance d'applaudir leur leader.

Mais bien sûr, chaque règle souffre de son exception. Discours de départ du premier ministre britannique Tony Blair (« extraordinary scene in the Commons » selon le commentateur).

Enfin, dernière étrangeté, lorsque vous regardez un débat en direct, beaucoup de députés semblent assoupis, penchés en arrière, la tête reposant sur le dossier du banc. Vraiment étrange, oui, dans une salle où, on l'a vu, le design ne permet pas d'accueillir tout le monde et requiert donc a priori l'attention maximale des présents. L'explication est technique : dans le dossier sont logés les haut-parleurs du micro de l'orateur. Les apparences sont trompeuses donc. On est même proche de l'antiphrase : celui qui semble assoupi est à l'inverse concentré sur le sujet. S'il clôt les yeux et prend une pause plus horizontale, c'est en réalité pour mieux saisir le sujet. Toutefois, même les britanniques en arrivent à oublier cet agencement. Ce fut le cas – emblématique – en 2015 lorsque la British Broadcasting Corporation (BBC) moqua un député endormi alors que celui-ci était en fait… déficient auditif. Comment dit-on rétropédalage en anglais ?

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